parlante encore

from by pop artisme

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lyrics

(avec la voix de cécile bertel)

le moment où tout a basculé. un instant en fait, plutôt qu’un moment. un instant heureux. instant de bonheur profond, pur et intense. bonheur brutal, merveilleux et fugace, fragile et dévastateur. un instant heureux, et même l’instant le plus heureux de ma vie, sûr et certain, quoi qu’il advienne. un instant d’amour fou, de ceux qui valent plusieurs vies. souvenirs de ces quelques jours passés avec toi sur cette île au trésor, ensemble et seuls au monde. seulement toi, juste nous. des souvenirs intacts, exacts, pour tous les sens et dans tous les sens. souvenirs exacts d’un bain dans l’océan ce matin-là, l’eau du lagon presque trop chaude. nos pieds nus le long du petit sentier qui serpente sous les arbres. l’exubérance tropicale. le parfum doux et sucré exhalé par les frangipaniers. les piaillements déjà furieux des oiseaux. partage d’une mangue sous la varangue qui prolonge notre chambre. sur ta peau, le goût du sel, le souvenir du soleil et la fragrance de la mer. tes baisers parfumés à la mangue en plus de tout le reste. dans mon cœur, boom bang, boom, bang comme jamais ; comme jamais et pour toujours.

sur la bande son de l’instant heureux, ce joli thème, un peu obsédant. tes mains sur une guitare. une musique instrumentale, sans parole, comme un dessin sans légende. une musique parlante, sans le moindre mot. des souvenirs intacts de toi et moi venus trouver un peu de repos et de répit aux heures les plus chaudes du jour, allongés sous l’immense ventilateur fixé au dessus de notre lit. comme un hélicoptère – volant à l’envers - en vol stationnaire. le ronron du moteur. la fine tulle de lamoustiquaire qui ondule doucement sous l’air brassé. un vent léger dans les rideaux fermés, porte et fenêtres ouvertes. un tourment tout aussi doux imprimé dans les arbres. les ombres mouvantes, presque chinoises, de leurs branches sur les rideaux blancs cassé, soumis aux mêmes oscillations. voilà le décor de l’instant heureux. sommeil pour toi, mais pas pour moi. déjà trop de souvenirs, pour tous les sens et dans tous les sens. souvenirs dans tous les sens : toi et moi, ce matin, sur cette plage vierge de toute présence humaine, sauf la nôtre. souvenirs pour tous les sens : toi et moi, cette nuit, enlacés dans la senteur du night jasmin, les yeux dans les yeux dans les étoiles, au son du köln concert. regards vers ton corps endormi. ta chair crue et nue, plus blanche encore sur des draps écrus. même dans l’abandon du sommeil, la grâce extrême, l’élégance suprême de ton corps. la lumière déchirante, tout aussi crue, tout aussi nue, qui entre dans la chambre par fulgurance, au gré du vent qui écarte les rideaux.

c’était là l’instant, l’instant heureux. bonheur brutal, merveilleux et fugace, fragile et dévastateur. pas possible de faire mieux que cet instant heureux, d’être plus heureux qu’à cet instant précis. fin de l’instant heureux, début de l’instant d’après. du temps des cerises au temps des crises, en un instant. un instant heureux. du temps des cerises au temps des crises, j’ai perdu le e de l’espérance. du temps des cerises au temps des crises, j’ai retrouvé le verbe. //
l’instant d’après l’instant heureux, je vois clair et je vois tout, tout ce qui nous attend. l’instant heureux, cette fraction de seconde, poussière de temps, cette alchimie harmonieuse et hasardeuse, aussi furieuse que furtive, j’allais courir après tout le reste de ma vie, en pure perte. l’instant d’après l’instant heureux, l’abime est vertigineux. c’est le début de la chute, de l’effondrement. bientôt tu te réveilleras. je te dirai que je ne pensais pas être capable d’être aussi heureux. tu me diras de cesser de penser ; que les pensées fleurissent les tombes, qu’elles enfantent les bombes, un truc comme ça. tu me diras : quand tu penses, tu n’es pas ; dès que tu penses, tu n’es plus et tant que tu penses, tu n’es pas non plus. vis, ne pense pas. vis moi, ne me pense pas. l’instant d’après l’instant heureux, je vois clair et je me souviens de tout. sur notre île déserte, l’humanité se résume à toi et elle ne m’a jamais semblé aussi … envisageable qu’à cet instant précis. a cet instant précis, j’aurai tout donné pour que nous soyons naufragés sur cette plage. que nous puissions réinventer ce dont nous avions besoin, et oublier tout le reste. j’aurai voulu renoncer à tout pour pouvoir mettre notre amour sous cloche, pour que rien ne l’altère jamais. pour vivre heureux, je vivrais caché. je vivrais caché pour ne pas laisser le monde s’interposer entre nous, comme s’il avait mieux à nous offrir. je vivrais caché pour ne pas laisser le temps qui passe ou le temps qu’il fait éroder notre amour, comme s’il s’agissait de craie. je refuse de vivre sans la possibilité d’un amour inaltérable, et je sais que c’est impossible puisque je ne peux y parvenir avec toi. et puis je ne peux pas me battre pour être heureux parce que je ne peux pas être heureux en me battant, voilà tout. bientôt, sans rien regretter mais pour ne pas devenir dingue, je sais que je renoncerai à cette soif d’absolu, parce que c’est impossible à contenter. bientôt, je n’aurai plus soif que d’absolut® et de cachetons, c’est bien plus facile à étancher. pour vivre heureux, je vais vivre sous cachet. l’instant d’après l’instant heureux, j’oscille déjà entre colère et tristesse, entre missile et panse-tête, entre exocet et lexomil® (lexomil®, ou même 2.000 ou même 100.000). je me sens triste comme je n’aurai pas pu l’être avant, avant de t’avoir rencontrée. et ça c’est parce que tu m’as rendu vivant. oui, je suis vivant : seul un être vivant, incandescent, peut avoir été aussi heureux et aussi triste que moi dans cette même journée. avant toi, je n’attendais plus ni rien, ni personne. et après toi, plus rien n’aura jamais v raiment d’importance. avant toi j’étais mort, mais vivant ; et après toi je suis vivant, mais mort.

je suis debout, sous la varangue. tu dors encore. le vent souffle fort à présent. je suis torse nu. j’ai presque froid. la pluie tombe sur l’océan, non loin de là. de sublimes nuages anthracite se ruent vers nous. bientôt il va pleuvoir ici aussi. les premières gouttes s’écrasent sur le sol. l’instant d’après, une ondée tropicale s’abat sur nous dans un vacarme assourdissant. peu après je sens tes lèvres déposer un baiser sur mon épaule, puis tes seins frôler mon dos : tu me contournes pour sortir dans le jardin, sans un mot ni un habit. j’ai tiré une bouffée un peu plus forte sur ce que je fumais. je t’ai regardée célébrer la pluie, lui offrir ton corps, les yeux fermés et les bras ouverts, le visage tourné vers le ciel. tu étais tellement belle. tu es revenue vers moi. tu as collé ton corps dégoulinant contre le mien. tu m’as embrassé à pleine bouche. tu avais perdu le goût du sel.

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from le goût du sel, released January 31, 2017

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